Samedi 25 mai

Posted By: Gabriel Feret In: Journal d'un libraire On: mardi, mai 28, 2024 Hit: 35

Je pars à 6h30 accompagné de M, qui finit sa nuit sur le siège passager du fourgon. Sur la place, seul PM est arrivé, puis XH, KZ et les autres. La mairie a confirmé tardivement l’événement, mais il aura bien lieu et sous le soleil, semble-t-il, alors qu’il pleuvait encore hier et que, demain, le temps tournera à la grisaille. PM trace les emplacements à la craie. Mon stand prend place entre le sien et celui de XH, qui semble fatigué par les mois de travaux chez lui. J’ai préparé quelques illustrés modernes en excellent état, dont Les chevaliers de la table ronde illustrés par Gradassi, des oeuvres complètes de médecins illustres, Gallien, Hippocrate, Parmentier, à l’Union Latine d’Editions, des beaux-livres, de la littérature et de l’histoire, des livres de poche, des livres régionaux. Tout y est. Chaque table contient sa thématique. Comme d’habitude, nous prenons le temps de déballer. Le démarrage est difficile, mais l’affluence viendra dans l’après-midi, nous aurons une bonne journée. J passe chercher M et l’emmène pour deux semaines. VL et son mari JMB se montrent dans la matinée, une bonne chose que le bureau de l’association fasse acte de présence. Nous voyons les clients habituels. MD, mon amie d’enfance, me rejoint dans l’après-midi. Elle repart avec La vie mode d’emploi de Georges Pérec, un livre du catalan Jaume Cabré, un petit livre de l’éditeur Tchou, Pensées pour ma mère puisque demain les mères seront fêtées. MD choisit pour elle un livre de psychanalyse sur la sexualité. Nous plaisantons gaiement sur notre abstinence prolongée de célibataires. Plus tard, JMB revient me faire la conversation, m’entretient de sa passion pour la chasse aux champignons, de son jardin. Puis c’est CV, l’amie de J, qui vient me saluer, la jambe raide. Elle sort de mois de convalescence après un cancer et une maladie nosocomiale, une grave infection, qui la contraint, en vue de la cicatrisation de sa plaie, à passer régulièrement dans un caisson hyperbare. Elle est également équipée d’un engin télécommandée glissé sous son pansement, qui propulse de l’oxygène en permanence. Enfin, VB et la famille de son compagnon A, chez qui j’ai dîné il n’y a pas un mois, apparaissent, souriants et heureux. Comme à mon habitude, je taquine un peu VB et elle se prête volontiers au jeu. J’oubliais la visite de MM, une cliente suisse, attachante, venue me rencontrer pour la première fois, alors que je lui vends des livres depuis plusieurs années. Elle m’a gentiment apporté quelques douceurs, du chocolat. Je la découvre un peu timide, gênée d’avoir oublié de me régler les livres que je lui avais apporté. J appelle en fin d’après-midi, me propose de dîner avec elle. Je traîne avant de remballer, puisque la place ne désemplit pas. J m’emmène dans restaurant vietnamien, où elle s’est déjà rendue une fois. Elle semble aller mieux depuis quelques temps. Nous avons passé dix ans ensemble, et nous voyons presque chaque semaine. M est notre trait d’union. Depuis que nous sommes séparés, les relations sont devenues meilleures, plus sincères, apaisées, elles aussi. M nous observe au pied du guéridon, attentive à la nourriture qui pourrait tomber devant elle. Je repars vers R, après avoir raccompagné ces demoiselles chez elles. J’étais parti au jour naissant, serein, dans des lueurs pastels que je retrouve au crépuscule.