Lundi 5 janvier 2026

Posted By: Gabriel Feret In: Journal d'un libraire On: lundi, janvier 5, 2026 Hit: 8
AC est arrivée vendredi, mal en point, dépressive. Elle devait atterrir le 29, mais avait reporté son arrivée, j’ai même cru qu’elle ne viendrait pas. Depuis vendredi 14h30, elle n’est sortie qu’une seule fois hier, quand nous sommes allés rencontrer les K à I. Sinon, elle passe son temps enfermée dans sa chambre. 
Je me lève assez tôt. Les chiens sont repartis hier. Je les gardais depuis trois semaines pour leur épargner les détonations incessantes de pétards à M. Je descends au sous-sol confectionner mes colis. Quand je remonte à midi et demi, AC sort de sa chambre. Elle me laissera déjeuner seul et retournera se cloîtrer. Je m’acquitte de la tâche des colis vers 15h, pars à la poste que j’ai rarement vue aussi bondée, passe au relais colis automatique, sur le parking du supermarché. Voilà quelques mois maintenant que ces envois sont intégralement robotisés dans la commune. A mon retour, j’appelle le vétérinaire afin de prendre rendez-vous pour la stérilisation de A. Elle aura lieu le 23 prochain. Je pars vers C dans le jour finissant et le froid, une température négative. Des restes de neige gelée parsèment les chemins, le givre blanchit les arbres et la vigne. Je trouve porte close chez le docteur, l’appelle alors et tombe sur son répondeur. Il m’enverra un message plus tard pour m’informer que son vol de retour a été annulé, je n’avais pas reçu son message pour me prévenir. Je prends donc la route dans l’autre sens. AC sort de sa chambre alors que je prépare le dîner. Nous jouons fléchettes pendant la cuisson. Elle ne dit rien, pas un mot sur son état. Je ne peux que lui offrir la chaleur du foyer, quelques repas, quelques sourires et un peu d’humour, mais elle sait qu’elle peut compter sur moi, que je suis là, je ne voudrais pas forcer sa parole. Elle repart se coucher après un repas triste, presque silencieux, que je meuble avec des histoires de chien. Alors je rejoins la table de travail et saisis quelques livres pour la première fois de l’année. Cependant, ces deux semaines, quoique ternes souvent, m’ont reposé. Je repars pour un nouveau cycle plus motivé, avec un chiffre annuel à former, livre vendu après livre vendu. Souvent, en fin d’année, je me dis qu’elle pourrait être la dernière année de librairie. Est-ce que, cette année encore, je tiendrai ? La première vente de l’année fut un livre d’essais de Ralph Waldo Emerson, dès le 1er janvier, 15€ qui devront se démultiplier en milliers, en milliers de colis, de livres saisis aussi. Je ne sais pas si AC dort à l’heure qu’il est. Je le lui souhaite, ça lui éviterait de chercher un sens à tout cela. En ce qui me concerne, je préfère rejeter la question du sens assez loin aujourd’hui, pour qu’elle ne vienne pas m’importuner.