Je me réveille en travers du lit, entouré de mes chiens, poussé par M vers l’extérieur au niveau des pieds. Après quelques coups de fils pour finaliser l’achat de la voiture, nous sortons rapidement. Le temps exécrable de pluie froide ne nous porte pas à marcher longtemps. Plusieurs jours nous attendent d’une égale morosité climatique après plusieurs jours semblables. J’ai trois colis à emballer, les ventes se tassent depuis une semaine. Ils sont terminés à midi. Avant de partir pour KB, j’ai le temps de saisir des livres du lot de M. et Mme T. J’ai cru avant-hier que j’en finissais, mais j’ai découvert hier soir une pile de caisses auxquelles je n’avais pas encore touché. En mai, cela ferait un an que je travaille sur ce lot, c’est-à-dire neuf mois aujourd’hui. Je me glisse dans la cabine poisseuse de la camionnette pour partir à KB. L’humidité s’immisce partout. Je me sens vide de paroles, elles ont du mal à venir. Il faut dire que je n’ai pas de nouvelles sérieuses d’Elle depuis plusieurs jours, ce qui me plonge dans les mêmes circonspections chroniques. Qu’attends-je en définitive ? L’apaisement ne vient que lorsque je n’attends plus rien. J’évoque la répétition des jours, comme leurs points d’ancrage temporels, leurs mêmes tâches me structurent, laissent mon esprit disponible, à moins qu’elles ne l’endorment parfois, m’évitent justement de penser. Le risque de paralysie frôle peut-être la plus sûre voie vers la liberté. Comme d’habitude, je passe faire mes commissions à C. Avant de me promener avec A et M, pris d’une torpeur aussi moite et grise que le ciel, je m’assoupis quelques minutes. La petite sieste aura le mérite de me redonner quelque velléité d’avancer. Toujours j’aimerais m’arrêter, mais on ne s’arrête qu’avec la fin de la vie, n’est-ce pas ? Souhaitons-le. Dans le soir naissant, nous passons par le centre. La pluie se remet à tomber. De retour, je me remets au travail. A KB, Je parlais de travail aussi, qui a le mérite de l’oubli. Somme toute, je n’étais pas si négatif aujourd’hui.