Jeudi 29 janvier 2026

Posted By: Gabriel Feret In: Journal d'un libraire On: jeudi, janvier 29, 2026 Hit: 16

Je me suis endormi la nuit dernière peu avant 4h, ce qui me laisse ce soir une fatigue tenace. La lecture du livre de Deleuze a fini par avoir raison de cette insomnie légère, alors que les chiens dormaient déjà contre moi et semblaient me reprocher que la lampe de chevet reste allumée. Peu de commandes ce matin. Je reçois un long coup de téléphone de J, alors que j’achève mes colis. Elle me raconte sa période difficile, pleine de doutes et d’accablement. Mais je crois qu’elle ira mieux bientôt. Elle a beaucoup changé depuis dix ans. Je l’entends maintenant parler de bipolarité, alors qu’elle n’en acceptait pas le simple mot. Toutefois, les traitements avaient mal agi sur elle, provoquant des réactions folles, ce qu’on appelle par exemple une dépersonnalisation. Elle se soigne donc sans recourir à la chimie. Admirablement. Un instant après avoir raccroché, je rappelle XH qui avait essayé de me joindre entre temps. Nous échangerons sur le métier. Il me demande de lui acheter quelques livres pour remonter sa note sur un site de vente. Je trouverai dans sa boutique un livre de Georges Canguilhem, Etudes d’histoire et de philosophie des sciences, que j’ai déjà eu en stock. G. Canguilhem m’a toujours intéressé, même si je le connais mal. Je me souviens des cours de JPR sur Le normal et le pathologique, que je suivais avec SS. Ce dernier est dévasté ces derniers temps. Les gardiens de la révolution, en Iran, ont provoqué un massacre. On parle de dizaines de milliers de morts. Je pars pour KB. J’aurais aimé interrompre ces visites hebdomadaires, mais il semble que je n’en vois pas la fin pour le moment. C’est ce que j’ai voulu me dire, malgré moi, en quittant M. G, puis marchant dans les rues désertes de janvier. J’en riais jaune, j’espérais me penser libéré. Il me semble que M. G a voulu m’indiquer la même voie. Je repars vers la librairie à C. J’y retrouve RM, A et N avant de rejoindre le salon de coiffure avec un livre de Camille Chamois et Thomas Detcheverry, Deleuze aujourd’hui, et un beau livre de Martial Leiter chez Les cahiers dessinées, Paysage furtif. Je me décide à autoriser la coiffeuse à couper mes cheveux longs, mais là aussi, c’est elle qui lit mon inclinaison, me la met sous le nez. Elle me parle de ses lectures, La femme de ménage de Freida Mc Fadden, qu’elle tient à lire avant de voir le film, ses difficultés de commande sur un site trop connu. Voilà plus de dix ans que je me rends chez elle désormais, je n’ai jamais réussi à la quitter pour un autre plus proche, malgré mes tentatives. Toujours des difficultés à quitter, je renâcle à perturber mes habitudes, ce qui a produit des conséquences graves dans la vie, par exemple arriver trop tard dans sa vie à Elle. Je reviens chez moi, sans avoir fait mes commissions du jeudi, peu importe, ce sera pour demain, les chiens m’attendent. Nous partons pour un grand tour par les remparts puis le cimetière. Je me remets ensuite au travail.