La brume recouvre la plaine ce matin, mais elle se lèvera dans la journée pour laisser place au soleil. J’ai dormi profondément après plusieurs courtes nuits agitées. J’achève rapidement les trois colis à emballer, après l’heure de midi cependant, ce qui m’oblige à attendre la réouverture de la poste à 14h avant de partir. Un type de mon âge viendra chercher les 100€ qui assureront sa subsistance de la semaine. La guichetière, R, rechigne à les lui donner, sous peine « de se faire taper sur les doigts », parce que le gars a quelques jours d’avance sur la semaine 4. Je fais un crochet dans un garage de la vallée de S pour voir une voiture, mais elle est déjà vendue. Alors je pousse vers R et la vallée de T pour aller chercher un lot de timbres. RC me montre l’endroit où il veut couler une dalle pour son poulailler. Il ne relève pas ma remarque comme quoi son coffrage semble complètement en pente. RC me montre aussi quelques reliures de livres allemands qu’il a ramassées, un lexicon relié XIXe, des Goethe’s Werke, rien d’intéressant. F n’est pas là et je repars donc assez rapidement. Elle n’aura pas le loisir de se plaindre de RC, beaucoup plus expéditif. A mon retour, j’ouvre le livre de Jose Juan Saer, Nadie Nada Nunca, traduit par Laure Bataillon, tout comme L’ancêtre que j’avais lu l’an dernier. Deux très bons livres dans des genres différents, les traductions s’avèrent excellentes. Je m’assoupis. Le téléphone vibre aux assauts des messages qui tombent pour le salon de C. TF appelle pour me dire que mon vieux chat G, laissé chez eux il y a des années, se porte mal. Elle se montre émue, craint une issue fatale. Il faut dire qu’il a presque 19 ans. Toutefois, plus tard, elle m’enverra un message rassurant, il s’agissait d’un abcès et le vieux chat pourrait bien s’en sortir. Je sors avec les chiens par le parc arboré de marronniers. M insiste pour aller vers le centre et je cède, même si je crains le passage des voitures et la recherche continuelle de nourriture de mes bestiaux, ce qui les rend imprévisibles. Nous rentrons, je me mets à la table de peine. Je suis moins motivé qu’hier. Tout le jour, je lisais les nouvelles, pensais à la guerre, qui viendrait bouleverser notre quiétude, une angoisse, sinon absurde, inappropriée. Mais quelle angoisse serait appropriée, légitime ? Je repense à Elle, avec qui j’ai conversé durant le week-end, percluse d’une angoisse qui la ronge depuis des années. Elle lutte sans relâche contre elle, et la raison semble de peu d’effet, je me sens désespérément inutile. Hier soir, avant d’attaquer la relecture d’un de mes manuscrits (mauvais), je lui ai glissé une carte et un edelweiss séché sous enveloppe. J’avais trouvé la fleur dans un livre, j’ai oublié lequel.