Le vent du nord balaye la plaine, quand nous partons en balade, les chiens et moi, sous le soleil. La matinée se remplit de quelques colis, d’autres tâches du quotidien. Je pars en début d’après-midi vers la vallée de T, où j’ai rendez-vous chez une dame, à qui j’ai prévu d’acheter quatre chaises de la marque Baumann. J’envisage de récupérer la table du séjour, qui servait de bureau à mon grand-père paternel et de lui en redonner l’usage, en face de mon autre bureau, toujours encombré par les nombreux livres. Je destine au premier des travaux plus personnels d’écriture. Les chaises remplaceront les bancs. J’arrive en avance. La dame m’attend sur le perron avec les chaises, déjà prêtes. J’ai communiqué avec sa fille, qui m’a prévenu qu’elle entendait très mal, mais nous parvenons à nous comprendre. Après auscultation et paiement, je repars bien vite vers C, où j’ai repéré chez une autre dame une table ronde, en attendant de récupérer celle que j’ai demandée à mes parents, quand ils quitteront la maison de St J. L’intérieur de la maison, à l’image du quartier pauvre, sent le tabac froid et le graillon, ne laisse pas passer la lumière. La dame, sympathique, me montre la table, aidée de sa petite fille, pour déplier la rallonge. Pour une somme modique, elle fera bien l’affaire en attendant l’autre. J’avais prévenu la dame que j’aurais besoin de son aide pour placer la table dans la camionnette, si je l’emportais. Nous devons passer par la cuisine étroite. Comme nous la basculons de côté, un morceau cède. Nous parvenons, non sans mal, à passer la porte et la hisser dans le véhicule. La dame, gênée, tient à me rembourser une partie. Je refuse. Elle tient à m’offrir un café. Je refuse également, prétextant le travail qui m’attend. Finalement, je repars avec une nappe et la protection en gomme, leurs brûlures de cigarettes. Sur la route, je pense au jeu de déplacement des meubles, utile au nouvel agencement. Il me faudra de l’aide pour rentrer le bureau de l’extérieur par la fenêtre, enlever le mobilier obsolète, monter la table ronde dans le séjour… Je demanderai probablement à XH. Je tiens ces changements comme une préparation mentale au travail qui m’attend. Et j’agis sans précipitation, sans me lancer à corps perdu, comme sur un coup de tête, comme ce put être le cas par la passé. Je me suis laissé le temps, des idées, des désirs. Je dois aussi remplir mes obligations habituelles, alors je saisis mon lot de livres en stock en rentrant, pars me promener avec les chiens par le pré, où A débusque un mulot, qu’il croquera, par l’allée des marronniers et les remparts nord. Alors seulement, je commence à m’atteler aux rangements. Chaque semaine, le bureau accueille de nouveaux livres qui s’empilent, des courriers, divers papiers. Chaque semaine, je devrais prendre le temps d’y mettre de l’ordre. Pourtant l’accumulation dépasse souvent plusieurs semaines, si bien que seul un couloir, entre les piles de livres, peut me mener au fauteuil. Il faut que mon exaspération atteigne ses limites pour que je me décide à prendre deux heures pour trier, descendre les livres que je destine aux marchés, me débarrasser des rebuts. La nouvelle disposition me porte à réexaminer les étagères aussi, où traînent, depuis des années parfois, des ouvrages oubliés. J’aimerais une place nette, neuve, avant de commencer. Cette idée est née au moins depuis la fin de l’année dernière. Parfois, je me dis que je n’en aurai jamais terminé. En réalité, c’est une certitude, je ne pourrai pas terminer. Seul l’accident, ou la mort, interrompra la promesse de l’écriture. Le voeu de m’y engager, toujours renouvelé, me maintient en vie.