Je passe la matinée à emballer des colis er régler divers tâches puis pars à 14h vers la poste, le relais colis, la pharmacie, le supermarché, la station-essence et vers C où je passe à la chambre de commerce pour renouveler ma carte de commerçant ambulant. Je file ensuite vers le centre retrouver XH, KZ et PM, leurs stands en rang au marché aux puces, sans abris, par risque que le vent ne les emporte. Ils sont emmitouflés dans leur manteaux. Je parle avec XH, d’humeur maussade, à la parole négative, probablement parce que les affaires ne sont pas au rendez-vous. Je me tourne ensuite vers PM, comme à son habitude plus serein et indifférent. KZ, plutôt affable, qui avait protesté de la sortie de nos stands au salon de C ne semble pas m’en tenir rigueur. La place rend une image triste et grise. Le peu de monde de passage s’arrête peu devant les stands. Je rejoins la librairie. A m’adresse de gentilles paroles d’amitié. RM me demande des nouvelles de mon escapade à P, nous échangeons quelques blagues. N, quand je parle de ma famille, me répond en parlant de la sienne, l’impuissance de nos parents au devant de la situation de leur fille. Il sort aussi les livres commandés de la petite étagère attenante au comptoir : Walter Benjamin encore, Georges Canguilhem, Bruno Latour, A me qualifiera nos goûts de « frères ». La petite équipe m’a sympathiquement mis quelques enveloppes cartonnées de côté. Je repars donc avec les livres et un petit paquet. RM m’a donné rendez-vous lundi pour le conduire dans un magasin de vélos. Avant de partir, je repasse par la place saluer mes confrères, qui s’apprêtent à remballer, retrouve les chiens que j’emmène promener dans le pré. Ils se mettent à chasser dans des terriers de musaraignes, courir d’un trou à l’autre. A est malade depuis hier, mais ne semble pas perturbé ni abattu. Il a été mis à la diète hier soir et de nouveau ce soir, au vu de la persistance des troubles. De retour, je me remets au travail. AC appellera un moment pour me raconter sa semaine, me demander des nouvelles. Depuis les deux pénibles premiers jours de la semaine, j’ai repris de la vigueur. De manière générale même, il semble que j’ai dépassé la période de fatigue et de morosité de l’hiver. Les premières fleurs ont éclos depuis quelques jours, magnolias et prunus. Au téléphone, AC a évoqué pour la première fois de l’année l’horizon de l’été. Mes finances ne sont pas mauvaises, pour une fois. Malgré le monde en guerre, au bord de l’étouffement climatique, les puissants cyniques, autoritaires, se jouant des plus faibles, je vis à cette marge, stupéfait d’en être préservé. Peut-être jamais plus je ne pourrai profiter de tant de stabilité, de santé, de paix, de liberté, peut-être même de bonheur, si je peux en juger.
S, le dernier garçon de ma soeur C fête aujourd’hui ses 10 ans.
Depuis dix jours, je n’ai aucune nouvelle d’Elle.