Des records de température partout en France et en Europe, une chaleur écrasante alors que l’été n’a pas officiellement commencé. Je dors beaucoup moins depuis une semaine, mais j’avais besoin de récupérer hier soir, aussi me suis-je couché tôt. J’ai terminé le livre de Jeanne Favret-Saada, L’impossible famille Rivière, retour sur triple meurtre en 1835. La finesse et la qualité de l’analyse sont confondantes. J’avais précédemment ouvert Habiter la Terre, Entretiens avec Bruno Latour, par Nicolas Truong, un bon tour d’horizon de la philosophie de Latour, que j’avais lu il y a trois ans ou quatre, à l’occasion de son décès. Sa plus belle trouvaille philosophique reste pour moi le principe de vérité par mode, par domaine. Une vérité scientifique peut contredire une vérité religieuse. Bien sûr, son analyse des modernes ne peut que convaincre.
Je me lève à 9h, répond à des messages, édite mes commandes. Hier soir, j’ai fini mes colis à plus de 22h, embêté par un envoi express au Japon, donc il ne me reste que les deux commandes de la nuit. Nous partons A, M et moi pour un petit tour, à l’ombre, par l’école maternelle. Je me rends ensuite à C dans la foulée, sans eux, que je laisse dans la fraîcheur de la maison. A la librairie, peu de monde. A m’avait dit le week-end dernier qu’après les jours fériés du mois de mai, la vague de chaleur qui suit portait préjudice aux ventes, sans compter le contexte géopolitique mondial. Je repartirai plus tard avec plusieurs livres, des cartons d’emballage, qu’A, N et R ont toujours la prévenance de me mettre de côté. Je rejoins la place. XH, PM et KZ lézardent à l’ombre, en attendant les rares clients. Nous papotons en mangeant un sandwich, parlons de la place aux livres de demain à M. Je dois encore préparer quelques livres de régionalisme. XH, avec qui j’ai parlé du Pink Floyd, du dernier disque d’Ed O’Brien me conseille d’écouter The Melvins, ce que je ferai plus tard en préparant mes caisses. En rentrant, j’entreprends de confectionner des colis, au frais à la cave. J m’appelle. Elle me parle longuement de ses difficultés de famille, de ses déboires, du mal qui la ronge. Elle sait que les traitements lui sont intolérables, mais envisage de reprendre RDV avec un psychiatre. J’aimerais beaucoup qu’elle puisse se sentir mieux. M nous emmène curieusement A et moi en balade par le centre. La chaleur est légèrement à la baisse aujourd’hui. Les derniers jours, elle avait plutôt choisi des promenades courtes par des chemins herbeux et frais. Il faut bien sûr être attentif à ce que le goudron ne brûle pas les pattes de mes amis. Je finis la préparation du marché de M, joue dans le jardin avec les chiens, sans oublier d’arroser l’arbuste replanté cette année. Son frère était mort de chaleur l’an passé. Je suis pour saisir quelques livres en stock, mais le site est en panne.
Il y a deux jours, au soir, je suis parti avec les chiens pour passer les montagnes. Elle m’avait signalé la veille un nid de guêpes sur son balcon, son angoisse, sa paralysie dans la révision ses partiels. Je ne sais pas si j’ai été fou, stupide ou simplement bienveillant, mais j’ai roulé six heures pour ôter ce minuscule nid et la voir une heure. Néanmoins, l’irréflexion première de l’action m’a rendu un peu à moi-même. Je me suis vu non seulement un peu bête et risible, mais davantage résolu à l’oubli des regrets du passé.