Lundi 16 mars 2026

Posted By: Gabriel Feret In: Journal d'un libraire On: lundi, mars 16, 2026 Hit: 1
La lampe de chevet est allumée. Seule M est blottie contre moi, j’entends A qui geint dans le salon, une fois. Il a senti que je me réveillais. Je m’assoupis encore quelques minutes. Comme chaque matin, j’ouvre la porte-fenêtre et les deux amis filent dans le jardin. J’ai quelques colis à emballer avant de prendre la direction de C, où RM m’attend. Je termine à l’heure de partir, à cinq minutes près. RM aimerait passer à une boutique de vélo, avant de se décider à en acheter un autre, sur les conseils de LM. Ces boutiques spécialisées nous sont étrangères, comme il répond à mon étonnement quand nous entrons. Un autre monde. Toutefois, nous sommes bien accueillis, ne  nous sentons pas intrus. Finalement, après avoir essayé un vélo, RM repartira avec un bon de commande pour un autre. Nous repassons par la librairie quand je le ramène chez lui vers le centre. La boutique est fermée, mais N passe l’après-midi à régler des factures. A est absente. N sort papoter un peu avec nous. LM arrive avec ses outils pour bricoler des joints au sol qui se démettent. Nous parlons des élections municipales de la veille, d’autres sujets. J’évoque avec N la sortie d’un livre posthume de Pierre Guyotat. Nous laissons les travailleurs, RM repart vers chez lui et je rejoins la voiture. J’emmène les chiens en promenade par l’Abbaye. Nous revenons par le centre, sans passer par les remparts. Je me remets au travail, la saisie des livres de M. D, toujours, et pour certains, trois ou quatre, déjà vendus. 
J’essaye de ne pas laisser trop de temps morts dans ma journée, à sortir mon téléphone, à dériver vers de sombres pensées. L’occupation constante me guérit, non de l’ennuie ou même de la dépression latente, mais peut-être d’une forme d’abrutissement mou, délétère. Si je répondais à mon instinct, je passerais des journées oisives, uniformément remplies d’un vide, de rien. Quelques heures suffisent à me laisser convaincre, comme les dimanches, où je m’astreins à ne pas travailler. Chaque lundi matin, je dois me mouvoir comme si je démarrais un vieux moteur.