Les chiens sont repartis avec J depuis dimanche soir. Voilà deux jours que je me réveille seul pour suivre deux journées identiques ou presque. J’exécute les expéditions au matin avec peu de destinations pour la France, mais l’Italie, l’Espagne… S’en suit une séance de saisie de stock. J’ai trié des livres qui traînaient, pour certains depuis des années, dans le bureau. Je les avais mis de côté afin de m’en occuper plus tard, soit parce que je jugeais que je n’avais pas la compétence pour leur donner un prix, soit parce qu’ils m’ennuyaient ou encore parce que je les avais mis de côté pour quelqu’un. Le bureau se vide donc de son excédent peu à peu, partent rejoindre les étagères de la librairie ou les cartons destinés aux marchés. J’avais déjà trié divers papiers en janvier. Je m’occupe de la nouvelle immatriculation de la voiture. Hier, je me suis déplacé pour rien à W à l’agence qui s’en occupe, le site du gouvernement ne fonctionnait pas. Lorsque j’appelle aujourd’hui, c’est la même histoire, mais la secrétaire me rappellera plus tard pour effectuer la démarche, que nous concluons cette fois. Je reprends le dernier Carnet de notes de Pierre Bergounioux pour une pause, le retrouve pleinement, sa vie comme un feuilleton, tout récent cette fois, puisque le carnet se termine en décembre dernier ; son style qui illumine parfois la monotonie des jours banals de formules, de termes clairvoyants ou heureux, de tendresse envers sa femme ou ses enfants. Je disais à A et N dimanche dernier lors d’une balade qu’il fallait être un peu fou pour lire ce carnet comme je l’ai fait dans son intégralité. A a opiné du chef en protestant mollement. Après la lecture, se lever demande un effort pour continuer les rangements du bureau. Hier, comme chaque lundi, davantage encore. Demain, je serai prêt. La pièce pourra accueillir la table du salon, celle du grand-père, que l’on devra passer par la fenêtre. XH et moi pourrons ensuite sortir la table achetée la semaine dernière de la camionnette pour occuper la place vide. Il faudra que je me débarrasse des bancs et de l’armoire à rideaux que j’avais achetée à M. LF il y a quelques années à N. Je passe du temps à sortir des livres oubliés, à leur donner une destination, à dépoussiérer les rayonnages, en écoutant des concerts récents de Nick Cave.
Dans deux jours, je serai à M pour voir Bertrand Belin. J’avais écrit un message pour lui dire que je viendrai tout près de chez Elle, lui demandant si je pouvais la voir. Elle m’avait répondu positivement en fin de semaine dernière, et depuis plus rien. Ce silence me plonge dans une mélancolie que j’essaye de soigner par les occupations. Toujours me revient le souvenir piquant, le regret de cette relation avortée, comme une ruine ou une sépulture, un mausolée, que j’entretiendrais jusqu’à ce que mort s’en suive.
A se trouve à nouveau mal en point ce soir. J m’a longuement partagé son inquiétude par téléphone et messages. Il faudra sans doute l’emmener chez le vétérinaire.