Jeudi 30 avril 2026

Posted By: Gabriel Feret In: Journal d'un libraire On: jeudi, avril 30, 2026 Hit: 4

J’ai enfin récupéré hier et même du mal à trouver le sommeil. Je m’endors au coeur de la nuit. Après Cyberpunk, d’Asma Mhalla, que j’ai trouvé décevant, j’enchaîne avec Sous les verrous, étude historique et sociale sur la prison en début de XXe siècle d’Elsa Génard. Je ne me réveille pas tard au matin, trouve un message de J qui m’apprend qu’A s’est attaqué à M et lui a blessé l’oreille, de manière superficielle. J s’inquiète du comportement d’A, qui lui fait mener une vie impossible quand il est chez elle. Je me renseigne auprès de la vétérinaire par téléphone. Puisqu’A se montre plutôt agréable quand il est chez moi, elle penche pour un diagnostic « d’hyper-attachement » pour moi, il aurait du mal à supporter l’éloignement. Plus tard, je réussirai à convaincre J d’aller consulter. Un traitement léger pourrait apaiser la situation. Je descends au sous-sol pour emballer mes colis, déjeune, commence à saisir quelques livres puis je pars pour KB. J’évoque une partie de mon passé. Les années finissant par le chiffre 6 furent toujours des années charnières pour moi, 1996, 2006, 2016… J’évoque particulièrement l’année 2016, l’année où ma relation à J, déjà bancale, s’est dégradée jusqu’à notre rupture en 2021. Il est une partie de moi-même qui est restée à cette date, mystérieusement, qui n’en est pas sorti. Après quelques courses, je retrouve justement J, qui me ramène les chiens. Nous avons vieilli de 10 ans. Elle aussi, sans doute, a laissé quelque chose d’irrécupérable en 2016. Avant-hier, au téléphone, elle a prononcé le terme de « dépression » pour la première fois depuis longtemps, en ce qui la concerne. De 2016, je me sens à le fois piégé et libéré d’un danger, d’un traquenard, peut-être. Je reprends le lot d’ADC pour la saisie de stock. Ce lot me prendra encore du temps. En soirée, j’appelle YB, avec qui je parle de JF, qui est entré en maison de retraite pour un essai de deux semaines. Avec JF, j’ai tant parlé de littérature, chercher des livres avec lui, des des maisons, des librairies, à Emmaüs, me suis confié sur mes doutes, mes désirs. Demeure une peine aigüe de le sentir dériver, se perdre dans des habitudes, les traits de caractère du vieillard ; un regret un peu coupable aussi de ne pas être plus présent auprès de lui, de ne pas lui manifester mon affection. Jacques Lacan : « La seule chose dont on puisse être coupable, c’est d’avoir cédé sur son désir. » J’ai comme le sentiment de délaisser JF. En même temps, s’est substitué avec YB, tout aussi proche de JF que moi, qui l’appelait autant, ressens aussi l’éloignement, les conversations ponctuelles au téléphone, remèdes à la solitude. YB, handicapé, prisonnier de son appartement, il faudra bien que j’aille lui rendre visite un jour.